Monument aux Morts du Cimetière du Centre

Monument aux Morts du Cimetière du Centre

Waterloo durant la grande guerre. Waterloo compte un peu moins de 5.000 habitants lorsque, le 4 août 1914, l’Allemagne franchit de force la frontière belge. Quatre ans durant, elle va vivre une occupation mouvementée.

C’est, à l’époque, une commune moderne, où la salubrité publique est soulignée, dotée du gaz et de l’eau courante, du téléphone et d’une ligne de tramways qui relie directement ses habitants à Bruxelles. La population est assez mixte. On y trouve de nombreux agriculteurs, des ouvriers, mais aussi une classe moyenne assez importante. La plupart sont propriétaires de leur logement. Deux savonneries et une fabrique d’engrais sont les plus grands employeurs. L’enseignement y est réputé. On n’y compte pas moins de huit écoles, dont deux pensionnats. La vie culturelle y est déjà intense. Elle est animée par trois sociétés de musique et par trois compagnies dramatiques.

L’administration communale est, elle, exsangue. Elle ne sait plus assumer ses dépenses de base. Elle va donc emprunter des sommes non négligeables aux plus nantis des Waterlootois. Ils se nomment à l’époque, dans l’ordre des contributions, Prosper Lejeune, Albert Vandercam, Jean Jacobs, François Brassine, la famille Laurent-Wilmart, Gustave Theys, la veuve Matheys-Voussure, Omer Thomas, Jean-Baptiste Gabriel, Raymond Demanet, Emile Heymans, Désiré Rans, François Sottiaux, les frères Gillot et Alphonse Grégoire.

Apprenant l’avancée des troupes ennemies, bon nombre de Waterlootois vont prendre la fuite, laissant leurs maisons au pillage des Allemands. Ces derniers installèrent d’ailleurs un QG temporaire au château d’Argenteuil et, afin que l’accueil des Waterlootois soit correct, ils n’avaient pas hésité à prendre en otages le bourgmestre, quelques conseillers communaux, un prêtre et un instituteur. Mais, après quelques jours, ils prirent le chemin de la France. On ne les revit que lorsque les vivres et la main-d’œuvre vinrent à manquer, mais aussi au fur-et-à mesure que leur avancée était freinée. Des Waterlootois furent déportés, en 1916, pour remplacer leurs soldats dans les usines de la Ruhr. Les Allemands, pour leur part, y envoyèrent, en villégiature, des régiments durement éprouvés sur la Marne ou l’Yser. Certains y séjournèrent, parfois, une année entière, y côtoyant même des réfugiés civils, venus du Nord de la France. Ainsi, en octobre 1918, maisons, salles de spectacle, écoles furent réquisitionnées pour accueillir des habitants de Hénin-Liétard, Valenciennes, Anzin, Crépin, Auchies, Maubeuge, mais aussi de Tournai, Basècles et Hornu, tandis que les Allemands étaient encore en train d’aménager, sur la plaine du Pachy, face à l’école communale des garçons, une piste capable d’accueillir deux escadrilles d’avions. Ils avaient aussi supprimé le tram à vapeur, s’en étant emparé pour rassembler un important butin dans une file de wagons qui occupaient toute la rue de la Station, de la gare à l’église. Le pillage de ces wagons fut la cause de la mort d’un Chenoisien, Baptiste Cougnet, tué à bout portant par un soldat allemand qui faisait argent des marchandises enlevées. On ne fêta d’ailleurs pas l’armistice du 11 novembre 1918, Waterloo, incorporée depuis juin 1918 dans la province de Hainaut, étant toujours encombrée de soldats, de canons et de charrois allemands. Ils auraient été 5 à 6000 à toujours y camper, dans des conditions difficiles. Il gèle. Un soldat allemand meurt de froid. Il est enterré au cimetière communal.                                                                                                                                       

Dans la monographie qu’il consacre à Waterloo, l’instituteur François Libert décrit, avec moult détails mais aussi emphase, cette débâcle allemande : « Il y a là des véhicules de toute nature, où sont entassés des caisses, des paquets, des casques, des bouteilles, des couvertures, des literies, des équipements militaires. Les uns sont recouverts de bâches, d’autres n’en ont pas. Ici, sur l’amoncellement des bagages, est postée une sentinelle, la main à la gâchette du fusil, prête à tirer ; là, sont couchés des soldats, enveloppés dans des couvertures. Les hommes qui conduisent sont à cheval ou affalés sur des sièges improvisés. Tous ont un air très défait. Ces corps de transport alternent avec des compagnies de fantassins, qui chantent de temps à autre des espèces de psaumes et derrière lesquelles sont traînées trois ou quatre vaches maigres, quelques chèvres et des chevaux blessés. Ca et là, une carriole de campagne, un vieux fiacre ou un tilbury rustique jettent une note archaïque. Ce sont les calèches des supérieurs de l’intendance, qui avancent cahin-caha, tandis que les autos des officiers supérieurs passent quelquefois le long des convois en faisant strider la sirène.   Des bivouacs s’établissent au Pachy, dans la prairie Bodenghien, à la Station, sur la place communale, dans la prairie de Joseph Theys, à Joli-Bois, à Mont-Saint-Jean. Chariots et voitures sont rangés dans un ordre relatif ; de grandes bâches recouvrent des objets hétéroclites qui s’entassent pêle-mêle (…)  Les chevaux sont navrants : des bêtes étiques, mornes, presque sans vie ; résignées sous leurs harnais déchirés, elles attendent passivement le premier coup de fouet qui leur fera reprendre le long chemin du retour, vers un but qu’elles n’atteindront peut-être jamais. Tout cela a l’air triste : plus d’entrain parmi les soldats, plus de panaches ! C’est la retraite dans le désoeuvrement qui suit les grands cataclysmes. Il fait froid, un froid sec ; un léger brouillard semble voiler de sa mélancolie, la détresse de ce retour … »                   

Et, le 16 novembre 1918, alors qu’il voit partir son dernier Allemand, François Libert écrit : « Il me semble que je suis dans un autre monde ! »                                                                                                 

Cinq jours plus tard, ce sont les troupes alliées qui sont à l’approche. François Libert raconte ces heures joyeuses : « Aussitôt les cloches des églises, dans un branlement joyeux, en préviennent les habitants ; les musiciens des trois sociétés locales se réunissent en un seul groupe d’union patriotique. Les enfants des écoles agitant des drapelets aux couleurs des nations alliées les suivent, et un cortège, à la tête duquel se place le conseil communal, va au-devant de nos troupes victorieuses. C’est un état-major anglais, commandé par le major-général A.E.Harman. La Musique le salue du « God save the king », que les enfants chantent avec recueillement, et auquel succèdent une vibrante « Marseillaise » et une délirante « Brabançonne ». La foule accourue acclame par des  vivats enthousiastes. Discours, vivats, joyeusetés se succédèrent toute la journée. Et le soir, des soldats-artistes offrirent même à la foule un concert improvisé qui recueillit un énorme succès. »                                                                                

Et François Libert de conclure : « Mais cette joie n’était pas sans mélange. Sur 126 combattants waterlootois engagés, quinze de nos braves sont tombés au champ d’honneur. Dans l’allégresse qui dilatait nos cœurs, une amertume se glissait. Et cette amertume était tout à fait poignante. »

En réalité, ce sont dix-neuf soldats-miliciens, un gendarme et quatre déportés waterlootois qui ne revinrent jamais dans leurs foyers. Leurs noms ont été gravés sur un monument aux morts, réalisé par le tailleur de pierre brainois Henri Lacroix et inauguré le 25 janvier 1920. Il s’agit des soldats Florian Brassinne, Jules Chervert, Edmond Delain, Louis Delvaux, René Dewitt, Elie Glibert, Léon Laurent, Georges Lejeune, Gustave Lejeune, Joseph Marchal, Gustave Moulard, Hubert Sottiaux, Louis Van Herck, Michel Verbeeck, Charles Pron, Alphonse Flamand, Oscar Koller, Ernest Freson, Julien Pans, du gendarme Bodewin et des déportés Félicien Dury, Roger Derycke, Robert Dineur et Emile Vaneeckhout.  Certains de ces noms ont été donnés à des artères waterlootoises. D’autres figurent sur les vitraux de l’église Saint-Joseph. Preuve que leur sacrifice a ému les Waterlootois.      

Des pelouses d’honneur sont également aménagées dans les cimetières de Waterloo. Elles sont destinées à accueillir, le moment venu, les survivants waterlootois de la Grande Guerre afin qu’ils puissent reposer, ensemble, et être à tout jamais honorés. Ceux-ci avaient pour noms : Albert André, Gaston Arnould, Ernest Aubry, Justinien Arnould, Georges Arcq, Léon Bernier, Léon Bréart, Vital Brijnaert, Louis Bouquéaux, Ducarme Bréart, Omer Blocry, Emile Blanpain, Siméon Bréart, Jean-Pierre Bodenghien, Edgar Blanpain, Ernest Camusel, Benjamin Castaigne, Fernand Casin, Emile Chabeau, Fernand Castiaux, Emile Debecker, Adrien Degimnée, Hector Delaide, François Delcorde, Firmin Delporte, Zéphirin Delporte, Raymond Demanet, Joseph Derue, Georges Dineur, Léon Duvivier, Alphonse Deschamps, Emile Devillers, Fernand Dury, Gaston Dewitt, Richard-Fernand Dury, Georges Danheux, Georges Ernaelsteen, Emile Flamand, Silva Franche, Jacques Francq, Emile Fréson, Oscar Fréson, Théophile Fronville, Georges Ganty, Anatole Gérard, Fernand Gérard, Fernand Gilbert, Léon Glibert, Omer Goffaux, Pierre Goossens, Edmond Harrent, Alphonse Heymans, Léon Herreng, Emile Hancq, Florimond Jacquet, Henri Lacroix, Maurice Lacroix, Médart Lacroix, Henri Lanneaux, Gustave Lejeune, Alphonse-Léon Legrève, Edmond Léonard, Edouard Martin, Emile Martin, François Mickiels, Joseph Maerschalk, Martin Mine, Maurice Massart, Emile Mertens, Omer Mathieu, Maurice Minne, Gaston Mullier, Augustin Nicaise, François Nicaise, Jean Noël, Georges Piron, Pierre Piron, Hector Plasman, Adolphe Plétinckx, Florimond Plétinckx, Joseph Postiaux, Omer Regau, Georges Rommelaere, Fernand Rosy, Félix Scholasse, Ernest Sevrin, Georges Swalens, Ferdinand Swerts, André Van Aerschot, Victor Van Bellingen, Fernand Vandeputte, Ange Vanderveken, Fernand Vanham, Jules Vanherck, Jules Van Isterdael, Félix Vanderveken, Victor Vanlaethem, Fernand Veny, Max Verly, Georges Vinke, Julien Vitou, Alphonse Pigeolet, Florimond Pigeolet, Julien Willekens, Jean Wilmart, Egide Wets, Ludovic Van Aerschot, Gaston Theys, Georges Voussure et  Jean-Baptiste, dit Hilaire Conings,  qui fut le dernier des « poilus » à être enterré à waterloo, le 14 janvier 1988, à près de 95 ans.

Monument aux Morts du Cimetière du Centre Monument aux Morts du Cimetière du Centre Monument aux Morts du Cimetière du Centre Monument aux Morts du Cimetière du Centre Monument aux Morts du Cimetière du Centre Monument aux Morts du Cimetière du Centre Monument aux Morts du Cimetière du Centre Monument aux Morts du Cimetière du Centre Monument aux Morts du Cimetière du Centre Monument aux Morts du Cimetière du Centre Monument aux Morts du Cimetière du Centre Monument aux Morts du Cimetière du Centre Monument aux Morts du Cimetière du Centre Monument aux Morts du Cimetière du Centre Monument aux Morts du Cimetière du Centre Monument aux Morts du Cimetière du Centre Rénovation monument aux morts 14-18